Il serait bien difficile de définir la Puisaye car jamais elle n'a correspondu à une division territoriale ou administrative. Elle a toujours été partagée, et l'est encore,  aujourd'hui entre l'Yonne, le Loiret et la Nièvre.

 

S'il s'avère difficile de trouver une limite vers le nord entre la Puisaye et le Gâtinais, en revanche, vers le sud le contraste est très net avec la Forterre. On peut dire seulement que la Puisaye, pays des eaux mortes et de grands bois, est une sorte de marche entre l'Orléanais et la Basse Bourgogne.
Nous ne sommes ni bourguignons, ni Champenois, ni Icaunais, ni Orléanais, ni Nivernais : nous sommes tout simplement Poyaudins.

 

L'origine de ce nom de 'Puisaye' a été longuement discutée, mais la plus vraisemblable est celle que proposent les gens du cru : Puisaye dériverait de "Poiser" qui signifie remplir ses sabots en marchant dans les flaques. Or la Puisaye, jadis très marécageuse, demeure une contée humide parsemée de nombreux étangs.

Au XIIème siècle Suger et l'évêque Maurice de Sully vinrent dans la forêt de Treigny chercher le bois de charpente, le premier pour l'église abbatiale de Saint-Denis, le second pour Notre-Dame-de-Paris .

 

C'est à Bouhy, en 259, que saint Pélerin, évêque d'Auxerre, subit le martyre, puis à Saints-en-Puisaye, que saint Prix et ses nombreux compagnons furent massacrés en 271.

 

Au Moyen-Age, l'action des moines de Saint-Germain et de ceux de Moutiers fit de la Puisaye une terre de sainteté.

 

C'est lors de la bataille de Fontenoy, en 841, suivie du traité de Verdun en 843, que fut réglé le sort de l'empire de Charlemagne.

 

Pendant cinq siècles le nom des Courtenay jalonne l'histoire de la Puisaye. Les premiers du nom possédaient Montargis, Châteaurenard, Courtenay et Champignelles. Leurs descendants s'illustrèrent aux Croisades. Des lieux-dits rappellent cette époque : Jérusalem, le Thabor, Nazareth, Tibériade.

Par son mariage Pierre Il devint comte d'Auxerre, de Nevers, de Tonnerre et habitait le Château de Druyes-les-Belles-Fontaines.

La Puisaye ne s'est jamais relevée totalement des désastres de la guerre de Cent Ans. L'anglais Robert Knowles, cantonné à Malicorne, dont il fit son quartier général, mit toute la région à feu et à sang.

Puis ce furent les guerres de religion. Coligny résidait à Chatillon-Coligny. La province fut mise à sac : bourgs pillés, monastères et églises détruits, catholiques et protestants massacrés. Il ne restait plus un seul habitant à Dampierre-sous-Bouhy, à Feins, à Marchais, à Ratilly, à Charny.

En 1652, Condé, chef du parti de la Fronde, bouscule le maréchal d'Hocquincourt tandis que la Reine Mère se réfugie à Gien ; Rogny et Breteau sont enlevés. Turenne arrête Condé à quelques kilomètres de Bléneau. Par ordre de Louis XIV, la plus célèbre frondeuse, Anne Marie Louise d'Orléans, duchesse de Montpensier, dite La Grande Mademoiselle, se retire à Saint-Fargeau. C'est elle qui restaure le château, où elle entretient une vraie et brillante petite cour. Aux cuisines, un jeune italien jouait du violon et fut remarqué par la Grande Mademoiselle, c'était Lully qui, suppose-t-on, composa à Saint-Fargeau "Au clair de la lune".

A partir du XVIème siècle, la Puisaye a été fortement marquée par les querelles religieuses du Jansénisme. A Treigny et Ronchères s'étalent réfugiés les "Bonhommes" chassés de Port Royal ; ils exercèrent une grande influence sur les populations, influence qui n'a pas entièrement disparue.

La Révolution fut assez bien accueillie dans la région de la Puisaye. Les cahiers de doléances rédigés par les curés réclamaient l'égalité des Français devant la loi, les impôts et la justice. Il faut cependant noter que, à partir de 1792, il y eut quelques troubles occasionnés par les réquisitions de soldats et par la fonte des cloches ; plusieurs prêtres furent déportés à l'Ile de Ré.

La guerre de Cent Ans et les guerres de religions ont profondément marqué la Puisaye par leurs dévastations. C'est ce qui explique la rareté des châteaux du Moyen Age et le fait que presque toutes les églises ont été restaurées dans le goût de la Renaissance.

Ceux qui se souviennent des pages de Colette dans "Claudine à l'école" aimeront à retrouver la Puisaye avec le mystère de ses bois, de ses étangs et de ses haies, pays plein de secrets et de charme, terre élue des sorciers et des "empicasseurs" où la légende magnifique du serpent s'entremêle à l'édifiante légende de saint Pélerin.

 

 

La Puisaye offrira aux citadins fatigués par le bruit et la pollution le calme de sa nature chantée par Marie Noël et Fernand Clas*.

*(Poètes bourguignons)

 

D'après le texte de Maurice Pandevant, Abbé de Saint-Fargeau.